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Une personne vue de dos regarde une grande peinture dorée représentant une scène urbaine.

À Rennes, deux musées dévoilent l’univers troublant de Gillet

À Rennes, les personnages sans yeux de Roger Edgar Gillet semblent rire, supplier ou défier le visiteur. Jusqu’au 20 septembre 2026, le Musée des Beaux-Arts déploie pour la première fois une rétrospective en deux lieux, au Quai Zola et à Maurepas, pour faire dialoguer abstraction, figuration et scènes de la vie quotidienne.

Du geste abstrait aux figures déformées

Né en 1924 et mort en 2004, Roger Edgar Gillet a traversé les courants artistiques sans jamais s’y soumettre. Formé à l’école Boulle, il commence par la gravure sur médaille avant de se tourner vers la peinture à la fin des années 1940.

À ses débuts, l’abstraction domine. Gillet travaille pourtant la matière de manière très personnelle, en épaississant sa peinture avec du blanc de Meudon et en sculptant la toile au couteau. Ses premières inspirations viennent de scènes ordinaires, comme des ouvriers coulant du bitume ou une simple tartine beurrée au petit déjeuner.

En 1955, un voyage de deux mois aux États-Unis, rendu possible par une bourse, marque un tournant. La rencontre avec Jackson Pollock et la découverte d’un portrait du Greco au Metropolitan Museum of Art nourrissent une peinture plus construite et théâtrale.

À Rennes, deux musées dévoilent l’univers troublant de Gillet

Dans les années 1960, l’artiste se tourne vers une figuration exacerbée. Les visages et les corps deviennent des formes presque monstrueuses, mais les postures continuent de transmettre les émotions. La Cène, inspirée de Léonard de Vinci et prêtée par un collectionneur new-yorkais, résume cette manière de transformer une référence familière en scène inquiétante et ouverte aux interprétations.

Quai Zola, un parcours comme un roman

Au Quai Zola, l’exposition suit un ordre chronologique. Le visiteur y découvre l’évolution de Gillet, ses outils, ses dessins préparatoires et des photographies de son atelier.

La satire y occupe une place centrale. L’artiste détourne les codes de l’art abstrait, de la religion, du portrait et du nu. Dans Le Harem (Signal), peint en 1969, les rayures rouges et blanches renvoient à la marque de dentifrice, tandis que la mise en scène évoque un décor de théâtre.

À Rennes, deux musées dévoilent l’univers troublant de Gillet

Son installation à Saint-Suliac, d’abord comme résidence secondaire dans les années 1980 puis définitivement en 1991, renouvelle son regard. Les pieux des brise-lames de Saint-Malo et les couleurs des tempêtes bretonnes réactivent la force gestuelle de ses débuts.

Des bornes ludiques permettent aussi de composer une ville à partir d’éléments issus de ses tableaux, donnant un accès plus concret à son univers.

À Maurepas, les œuvres entrent en dialogue

Le site de Maurepas adopte une approche thématique. Chaque vitrine rapproche une œuvre de Gillet de pièces conservées dans les réserves du musée. Un portrait de notable est ainsi confronté à celui de Monsieur Grandmoulin, peint par Jules Ronsin en 1901. Les deux œuvres partagent les signes de l’autorité, mais Gillet y ajoute un nez rouge qui brouille la dignité du personnage.

À Rennes, deux musées dévoilent l’univers troublant de Gillet

D’autres rapprochements associent Madame, peinte en 1985, à un portrait ancien, ou un violoniste de Gillet à des dessins d’Henri de Waroquier où l’instrument semble fusionner avec le corps. La Bretonne renvoie quant à elle à une représentation plus traditionnelle de la figure bretonne.

Dessins, fusains, huiles, sculptures en plâtre et pièces en faïence complètent ce parcours. Des sacs d’activités invitent les enfants à observer les vitrines, tandis que des ateliers proposent de faire émerger un visage ou un paysage au fusain, en musique.

Les informations pratiques à Rennes

La double exposition, coproduite avec le musée Estrine de Saint-Rémy-de-Provence, est accessible jusqu’au 20 septembre 2026 sur les deux sites du Musée des Beaux-Arts de Rennes. Le Quai Zola est proposé à 5 euros au tarif plein et 3 euros au tarif réduit. L’accès au site de Maurepas est gratuit.

Pour poursuivre la découverte culturelle à Rennes, une autre exposition propose également un parcours artistique gratuit.

Pendant l’été, les patios des deux musées accueillent également des espaces de jeu, de dessin et de repos conçus pour les familles, avec kaplas, magnets, coloriages et zones d’écoute.

Source: Rennes Ici

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