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Un homme chauve à barbe noire, portant des lunettes blanches, forme un cœur avec ses mains.

Roubaix : les obstacles de Saher Mheri au service de la jeunesse

À 43 ans, lunettes blanches bien visibles et sourire constant, Saher Mheri raconte une trajectoire qui ressemble à une leçon de résilience appliquée au réel.

Dans un portrait publié par Roubaix XL, il décrit son parcours sans romancer : des débuts au quartier des Trois-Ponts, des choix difficiles, puis une reconversion durable vers l’éducation populaire et l’accompagnement des jeunes.

Des racines roubaises très concrètes

Saher Mheri naît à la maternité Paul Gellé à Roubaix, puis suit une scolarité locale à Jean Macé, Van Der Meersch et Jean Moulin. Il y garde le souvenir d’”une super époque” et d’un ancrage fort dans la ville. Très tôt, le basket lui ouvre un horizon de discipline et d’appartenance.

Là aussi, le premier heurt arrive : les portes de centres de formation se ferment pour raisons financières, alors que sa volonté de progresser reste intacte. Il dit avoir souvent entendu que ses rêves étaient trop grands, tout en choisissant de ne pas les abandonner. Ses mots restent simples : « On me disait que je rêvais trop, mais je me suis dit que je réaliserais un jour mes rêves de gamin. »

Cette première rupture explique la suite. Il ne se replie pas, mais transforme un obstacle social en point de départ.

Basket, école, et ce que signifie le mot « limite »

Le passage au lycée reste marqué par une chute scolaire. Selon lui, sa professeure de philosophie répétait qu’il n’obtiendrait jamais son bac. Deux semaines avant les épreuves, il met en place un planning de révisions intensif et décroche son diplôme avec la force de la méthode.

L’université puis un BTS d’assistant de gestion PME-PMI ne prennent pas le chemin attendu. L’épisode qu’il raconte est brutal : il se retrouve chargé du transport de palettes plutôt qu’auprès de la gestion administrative annoncée. Son constat est net : « C’est violent de se voir confier le transport de palettes alors qu’on est censé assister un patron dans ses tâches de gestion. »

Ce passage, loin d’être anecdotique, éclaire son rapport actuel au travail des jeunes : il sait ce que signifie être placé dans un rôle qui ne reconnaît pas les compétences réelles.

Popping, blessure, puis départ : l’apprentissage comme discipline

Pendant cette période, il s’investit aussi dans le hip-hop, notamment le popping et le locking. Son engagement lui ouvre la scène et une exigence quotidienne différente, mais complémentaire du basket.

En 2005, il participe à un championnat du monde de battle « Juste debout » à Lille, puis reçoit en 2008, lors des demi-finales, une phrase qui le marque : « J’ai beaucoup de respect pour toi, tu danses avec ton cœur. » Le compliment le conforte dans une idée qu’il répétera souvent.

Roubaix : les obstacles de Saher Mheri au service de la jeunesse

Après des soucis familiaux graves, notamment la maladie de son père, et une blessure, il quitte une phase de doute. Lorsqu’il évoque le départ à l’étranger, il rappelle le contraste entre rêves et réalité : « Enfant, j’étais très inspiré par la culture américaine avec le basket et le mouvement hiphop. Quand je suis arrivé à Times Square, j’ai fondu en larmes. » L’apprentissage de l’anglais, dit-il en souriant, reste un vrai défi : « un vrai sketch ».

Quand la rupture devient une méthode d’accompagnement

Le tournant décisif vient d’une structure qui lui demande d’accompagner des jeunes suivis par l’ASE en séjours de rupture. Là, il perçoit une cohérence entre son passé et son action : utiliser son expérience pour guider d’autres trajectoires en tension.

Il dit l’avoir senti comme une révélation : « C’est là que je sens les premiers signes de ma révélation, j’utilise mes compétences auprès des jeunes et je dis que je suis peut-être fait pour ça. » Il entre alors dans une logique de formation, puis de certification. Le centre qu’il dirige obtient en 2025 la reconnaissance de son programme « Just #OPPOA ».

En parallèle, il poursuit une pédagogie de terrain qui lie effort, structure et confiance. Dans son approche, la formule est répétée : « Je ne pense jamais problème mais solution. » Le soutien de sa mère clôt une étape décisive de ce parcours, à travers une phrase courte : « Mon fis, tu as ton diplôme ! »

Un levier local : concours d’éloquence et transmission

Depuis deux ans, il met ce cap au travail concret auprès des initiatives de la ville, en particulier le concours d’éloquence des jeunes Roubaisiens. Le titre du programme — centre de formation certifié Laïcité Education à la Citoyenneté — est moins un symbole qu’un outil pour traduire une exigence d’insertion.

Dans ses interventions, son discours reste très ancré localement : Roubaix, selon lui, apprend vite à ceux qui acceptent d’y rester debout. Il répète souvent une phrase reçue de son ancien animateur Ali Kerrouche : « Roubaix, c’est une vraie école de la vie. » Cette formule n’apparaît pas comme un slogan, mais comme une méthode d’entrée en relation.

La conférence « l’échec, l’école de la réussite » qu’il développe aux États-Unis et au Canada prolonge ce même axe : aider des jeunes à interpréter les limites sans les confondre avec une fin de parcours.

« Je kiffe cette dynamique de dur labeur, mon cerveau est programmé pour quitter la zone de confort, car derrière celle-ci se situe l’apprentissage. »

Source: Roubaix XL

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